Ils vivaient de l'ours Pyrénées Magazine N°28 - 07 et 08.1993
La vraie histoire de la Brèche de ROLAND (cirque de GAVARNIE) : Charlemagne et ses conquêtes A la fin du VIIIème siècle, le pouvoir de Charlemagne, roi des Francs, reposait en grande partie sur ses conquêtes militaires qui lui valurent les faveurs de l'aristocratie franque et du peuple qui interprèta ces succès comme le signe d'une protection divine. En 774, Charlemagne avait volé au secours du pape Adrien Ier menacé par Didier, roi des Lombards, et avait annexé une grande partie de l'Italie après la chute de Pavie. A partir de 772, le roi des Francs entama la dure conquête de la Saxe, soumit le roi de Bavière Tassilon (780) et repoussa le redoutable peuple cavalier des Avars (796). L'Espagne Dans le même temps, Charlemagne reçut un ambassadeur envoyé d'Espagne par le cadi de Saragosse, gouverneur musulman de la ville en révolte contre l'émir de Cordoue. Sans doute désireux de soumettre le nord de l'Espagne, Charlemagne accéda à la demande d'assistance et quitta la Saxe et Paderborn à la tête de deux puissantes armées pour envahir la péninsule ibérique. La première armée se dirigea vers Barcelone via le Languedoc actuel. La seconde, dirigée par Charlemagne en personne, franchit le territoire basque des Pyrénées. Or les Basques (ou Vascons), qui avaient résisté avec succès aux Aquitains et aux Musulmans, virent d'un mauvais oeil la présence, même temporaire, des Francs dans la région. Ils s'enfermèrent dans Pampelune et refusèrent tout ravitaillement aux Francs. Charlemagne parvint tout de même à Saragosse mais y apprit avec consternation que ses alliés de la veille, pour lesquels il avait monté toute l'expédition, s'étaient ralliés à l'émir de Cordoue. Il décida, en désespoir de cause, de tirer un quelconque avantage de la campagne en mettant le siège devant la ville bien défendue. Hélas, loin de ses bases et manquant de ravitaillement, il dut renoncer au bout de deux mois et décida de rejoindre l'Aquitaine et la Saxe, où de nombreux peuples, profitant de son absence, s'étaient révoltés... Roncevaux Quittant Pampelune, dont il s'était finalement emparé et avait fait raser les remparts, Charlemagne reprit la route des Pyrénées via le col de Roncevaux, en plein territoire vascon. Ce fut là, que le 15 août 778, l'arrière-garde franque fut victime d'une embuscade tendue par les Basques. Nous ignorons tout du déroulement véritable du combat. Les plus importantes descriptions proviennent de la Chanson de Roland, poème du XIème siècle, qui doit plus au mythe qu'à l'histoire. Toutefois, Eginhard, biographe de Charlemagne, rapporta également l'événement. Du côté franc, le personnage principal fut le comte de Bretagne Roland, un neveu de Charlemagne, probablement grand personnage investi de la confiance du souverain. L'armée de Charles le Grand gravit péniblement le versant espagnol des Pyrénées et ne parvint au col de Roncevaux qu'en colonnes étroites et dispersées. Ce fut à ce moment que les Basques, maîtres des hauteurs, fondirent sur l'arrière-garde franque et l'accablèrent de traits. Encombrés de butin et épuisés par la marche, les Francs s'avérèrent incapables de manoeuvrer efficacement et ne purent utiliser leur redoutable cavalerie lourde. Tentant de coordonner la résistance, le chef des officiers du palais et le comte du palais Anselme tombèrent rapidement. Isolé, ne pouvant compter sur aucun secours, le comte Roland et sa troupe périrent à leur tour. Cependant, l'essentiel de l'armée franque franchit le col sans être inquiétée. Brèche de Roland : Roland tenta de briser son épée Durandal sur la roche mais cette dernière céda... cf photo ci dessus Il la lança alors au loin et celle-ci se figea dans le roc à Rocamadour... cf photo ci dessus La légende L'embuscade de Roncevaux entra dans la légende trois siècles plus tard grâce à la Chanson de Roland. Les Basques chrétiens y furent remplacés par les Sarrazins. Selon la légende, sur le point d'être vaincu, le comte Roland tenta de briser son épée, baptisée Durandal, contre la roche mais ce fut cette dernière qui céda, créant la "brèche de Roland" visible à la frontière franco-espagnole. Désespéré, Roland lança alors son épée dans les airs. Miraculeusement, l'épée flotta plusieurs centaines de kilomètres durant et alla se figer dans le roc à Rocamadour où elle reste visible aujourd'hui... Quant au Ganelon de la Chanson, traître au service des infidèles, il exista réellement mais plusieurs décennies après les faits. Archevêque de Sens, il se rallia, en 858, à Louis le Germanique en guerre contre son frère Charles le Chauve. Le souvenir de la trahison fut intégré, avec beaucoup de liberté, dans le poème épique. Bilan Sans la Chanson de Roland, la brève embuscade de Roncevaux où périt l'obscur Roland eut sans doute été oubliée. Concrètement, la campagne espagnole de Charlemagne en 778 fut un échec. En 801, toutefois, Charles parvint à s'emparer de Barcelone et constitua un glacis territorial - la marche d'Espagne - qui fut confié au roi d'Aquitaine, Louis, fils de Charlemagne.. Après cette date, les opérations militaires de Charlemagne, couronné "empereur des Romains" l'année précédente, seront des plus limitées... Premier paragraphe de La chanson de Roland (vers 1090) Carles li reis, nostre emper[er]e magnes Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne: Tresqu'en la mer cunquist la tere altaigne. N'i ad castel ki devant lui remaigne; Mur ne citet n'i est remes a fraindre, Fors Sarraguce, ki est en une muntaigne. Li reis Marsilie la tient, ki Deu nen aimet; Mahumet sert e Apollin recleimet: Nes poet guarder que mals ne l'i ateignet.
Gavarnie / Transhumance de la Bernatoire Une tradition depuis le 13e siècle. Les 28 juillet (date à vérifier chaque année) Cette transhumance – du latin trans, de l’autre côté et humus, la terre – demeure une tradition bien ancrée des Pyrénées. Elle est l’héritage vivant d’accords ancestraux du 13e siècle entre les bergers de la Mancommunidad de la vallée de Broto (Nord Aragon) et la Commission Syndicale de la Vallée de Barèges. Ces accords oraux dits de Lies et passeries (Liens et paix) seront confirmés par le traité de Bayonne de 1862 qui régule les droits de pacage des différentes vallées et trace avec précision la frontière franco-espagnole pyrénéenne. Au-delà de son caractère transfrontalier et patrimonial, cette transhumance offre aux visiteurs un paysage à la beauté époustouflante. La vue sur le lac en contrebas du col de la Bernatoire (2336m), formé dans un ancien cratère est exceptionnelle. Une randonné insolite et accessible à tous (prévoir 4h30 aller et retour).
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